
Le Canada est face à un choix : aller de l'avant dans le monde, ou être laissé pour compte.
Il y a un récit sur le Canada qui a été répété si souvent qu'il commence à ressembler à une vérité : que nous ne pouvons pas gagner. Que nos ambitions doivent se tourner vers le sud pour être prises au sérieux. Que les idées capables de changer le monde doivent être développées ailleurs. L'histoire prouve le contraire.
C'est un appel aux courageux, à ceux qui croient en eux-mêmes et à ceux qui sont prêts à nager à contre-courant de la stagnation. C'est l'occasion de prouver que les Canadiens peuvent gagner.
Dans nos racines, il y a de la résilience. Le Canada n'a pas été bâti sur l'excès. Il a été bâti sur la persévérance.
Un motif ancré dans nos racines
À l'hiver 1921, un jeune chirurgien du nom de Frederick Banting est entré dans un laboratoire de l'Université de Toronto avec une idée que la majeure partie de l'establishment médical jugeait erronée. Il n'avait aucun budget de recherche, pas d'espace de laboratoire adéquat, et aucun antécédent en endocrinologie. Il avait dix chiens, une pièce empruntée, et huit semaines avant que l'établissement n'ait besoin de la récupérer. Malgré tout, il a découvert quelque chose qui a changé le monde à jamais.
Un an plus tard, un garçon de 14 ans nommé Leonard Thompson se mourait du diabète à l'Hôpital général de Toronto. Sa glycémie crevait le plafond. Il lui restait des semaines, peut-être des jours. L'équipe clinique a administré la découverte de Banting, l'insuline, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité. En quelques heures, la glycémie de Leonard est revenue à la normale. Il a vécu encore 13 ans, assez longtemps pour voir la découverte qui l'a sauvé remporter un prix Nobel.
Cette histoire n'est pas une exception dans l'histoire du Canada. C'est un motif récurrent : une petite équipe, des ressources limitées, une ambition démesurée, et un résultat qui a résonné à travers les générations.
Le Canada a tendance à raconter sa propre histoire avec une modestie excessive. Nous célébrons notre politesse et notre stabilité. Ce sont de réelles vertus. Mais nous sommes devenus enclins à nous excuser, sous-estimant notre capacité à réaliser des inventions audacieuses qui changent le monde. Nous avons perdu la foi en nous-mêmes, et avec elle, nos capacités.
La vérité est plus intéressante. Le Canada innove à l'avant-garde de la médecine, de l'espace, de l'informatique et de l'énergie depuis des siècles. Non pas en tant que suiveur, mais en tant que pionnier.
Bâtir à l'avant-garde
En 1950, alors qu'il menait des recherches sur les traitements contre l'hypothermie, l'ingénieur électricien John Hopps, au Conseil national de recherches, a fait une découverte accidentelle : un cœur arrêté pouvait être redémarré mécaniquement ou électriquement. Il a construit le premier stimulateur cardiaque (pacemaker) au monde. Il était grand, externe et devait être branché au mur, mais le principe était bon. Aujourd'hui, plus de trois millions de personnes dans le monde portent un descendant direct de l'invention de Hopps dans leur poitrine. Le Canada leur a offert un nouveau battement de cœur.
En 1975, la NASA a invité le Canada à contribuer à son programme de navette spatiale. Ce que le Canada a apporté, c'est un bras robotique, le Canadarm, un manipulateur articulé de 15 mètres qui est devenu l'outil de construction le plus complexe jamais déployé. Construit par Spar Aerospace (aujourd'hui MDA Space) à Brampton, en Ontario, il a volé lors de 90 missions de la navette entre 1981 et 2011. Il a aidé à assembler la Station spatiale internationale (SSI). Il a réparé le télescope spatial Hubble à cinq reprises. Lorsque l'astronaute Scott Parazynski a dû réparer un panneau solaire déchiré en 2007, debout à l'extrémité d'une perche allongée à 90 pieds au-dessus de la SSI, c'est la technologie canadienne qui le soutenait.
Le Canadarm2, lancé en 2001, est un élément incontournable de la SSI depuis lors. Il a capturé plus de 50 vaisseaux spatiaux en visite, y compris le Dragon de SpaceX et le Cygnus de Northrop Grumman. MDA Space est maintenant en plein développement du Canadarm3, un système robotique autonome alimenté par l'IA destiné à Gateway, l'avant-poste de la NASA en orbite lunaire. La portée du Canada s'allonge. Nous allons sur la Lune.
Ce ne sont pas des histoires d'ingéniosité canadienne attendant la permission américaine. Ce sont des histoires de bâtisseurs appelés à résoudre des problèmes que personne d'autre ne pouvait résoudre, et qui ont livré la marchandise.
La longue révolution de l'IA
Dans les années 1980, alors que presque toutes les grandes institutions de recherche du monde avaient abandonné les réseaux de neurones, les considérant comme une impasse, un chercheur d'origine britannique nommé Geoffrey Hinton a choisi Toronto. Il est venu parce que le Canada était prêt à financer des recherches spéculatives à long terme par l'intermédiaire de l'Institut canadien de recherches avancées. Des travaux que le reste du monde avait jugés trop risqués.
Pendant des décennies, Hinton à Toronto, Yoshua Bengio à Montréal et Richard Sutton à Edmonton ont travaillé dans ce qui semblait être l'obscurité universitaire. Ils étudiaient les mathématiques de la façon dont le cerveau pourrait apprendre. Leurs collègues pensaient qu'ils poursuivaient des chimères. Le domaine s'appelait « apprentissage profond » (deep learning), et pratiquement personne ne croyait qu'il aboutirait à quoi que ce soit de pratique.
En 2012, le laboratoire de Hinton à l'Université de Toronto s'est inscrit au concours ImageNet, le test de vision par ordinateur le plus suivi au monde. Ils ont gagné avec une telle marge qu'ils n'ont pas seulement battu la concurrence, ils ont mis fin à la concurrence. Les réseaux de neurones n'étaient pas une impasse. C'était le commencement. La révolution moderne de l'IA – ChatGPT, Gemini, Claude et tous les grands modèles de langage dont vous avez entendu parler – fonctionne sur des architectures descendant des travaux effectués à Toronto, Edmonton et Montréal.
En 2018, Hinton, Bengio et Yann LeCun ont partagé le prix Turing, le prix Nobel de l'informatique, pour leurs contributions fondamentales à l'apprentissage profond.
Le Canada n'a pas trébuché par hasard vers le leadership en IA. Il y a investi patiemment, pendant des décennies, quand personne d'autre ne voulait le faire. Mila, l'Institut québécois d'intelligence artificielle cofondé par Bengio à l'Université de Montréal, est aujourd'hui le plus grand centre de recherche universitaire en apprentissage profond au monde, avec plus de 1 400 chercheurs spécialisés. L'Institut Vecteur de Toronto, cofondé par Hinton, accueille plus de 1 000 chercheurs. Avec l'Amii à Edmonton, ces trois instituts forment une infrastructure nationale d'IA que d'autres pays tentent encore de reproduire.
C'est ce que la patience, l'ambition et l'investissement public canadiens peuvent produire. Pas un profit rapide. Une fondation qui a changé le monde.
De la recherche à la piste d'envol
L'innovation canadienne n'est pas restée confinée dans les laboratoires.
Shopify a vu le jour à Ottawa en 2006 lorsque Tobi Lütke, frustré par l'état des logiciels de commerce électronique disponibles, a construit le sien. La plateforme propulse aujourd'hui environ 5 millions de boutiques à l'échelle mondiale, avec une capitalisation boursière de plus de 200 milliards de dollars. Lorsqu'on a demandé à Lütke pourquoi il n'avait pas déménagé aux États-Unis, il a répondu simplement : « Parce que j'aime le Canada. » À une époque où la souveraineté du Canada subit de réelles pressions externes, ces cinq mots sont devenus un cri de ralliement.
Cohere, fondée à Toronto en 2019 par Aidan Gomez, Ivan Zhang et Nick Frosst, est devenue l'entreprise d'IA d'entreprise phare du pays. Lorsqu'une grande entreprise américaine a proposé de les acquérir pour un prix à neuf chiffres, les fondateurs ont refusé. Aujourd'hui, Cohere est évaluée à plus de 7 milliards de dollars, avec des revenus qui ont plus que triplé en 2025. Le PDG Aidan Gomez a été direct quant à la raison : « Je sens vraiment que notre pays est menacé. Je sens que la boîte de la souveraineté du Canada a été ouverte, et qu'elle ne peut pas être refermée. » Ce n'est pas le langage d'un pitch de startup. C'est le langage d'un bâtisseur qui comprend ce qui est en jeu.
Waabi, fondée par Raquel Urtasun, qui a auparavant dirigé la recherche sur la conduite autonome chez Uber, adopte une approche axée sur la simulation pour le camionnage autonome, formant son IA dans des environnements virtuels plutôt que d'accumuler des millions de kilomètres sur route potentiellement dangereux. Soutenue par Uber et Khosla Ventures, Waabi a commencé à déployer des camions entièrement sans conducteur en 2025.
Ensuite, il y a Reaction Dynamics, une startup montréalaise spécialisée dans la propulsion de fusées, qui renforce la capacité du Canada à atteindre l'orbite de manière indépendante. Une petite équipe, peu de ressources, un problème technique ardu, et une mission directement liée à la souveraineté nationale. Le dynamisme canadien en pratique.
Le fil conducteur
Banting a travaillé avec du temps emprunté dans un laboratoire emprunté. Hopps faisait des recherches sur tout autre chose lorsqu'il a trouvé le stimulateur cardiaque. Le Canadarm était le billet d'entrée du Canada pour le programme de la navette spatiale : pragmatique, collaboratif et techniquement extraordinaire. Hinton et Bengio ont financé la recherche sur l'apprentissage profond par l'intermédiaire d'institutions canadiennes pendant des décennies avant que le monde ne reconnaisse ce qu'ils avaient construit.
L'innovation canadienne tend à s'inscrire sur le long terme. Elle a tendance à être patiente. Elle émerge souvent de personnes prêtes à travailler sur des problèmes difficiles, dans des conditions peu glamour, sur des échéanciers auxquels personne d'autre ne croit. Elle n'est généralement pas bruyante. C'est à la fois sa force et sa faiblesse.
La force : Les bâtisseurs canadiens construisent des choses qui durent. L'insuline. Le stimulateur cardiaque. Le Canadarm. Shopify. Les fondations de l'IA moderne.
La faiblesse : Nous avons été meilleurs en invention qu'en propriété. Nous avons découvert l'insuline et vendu le brevet pour un dollar symbolique. Nous avons conçu l'ampoule électrique et l'avons vendue à Thomas Edison. Nous avons bâti certaines des technologies les plus importantes du 20e siècle et regardé la valeur commerciale s'accumuler à l'étranger. Le monde en a bénéficié, mais le Canada n'a pas toujours su capturer ce qu'il a créé. Un jeune arbre qui meurt avant d'avoir la chance de développer sa propre force est un potentiel perdu. Nous avons forcé nos plus grandes inventions à déménager pour survivre.
Le Canada doit commencer à posséder, protéger, soutenir et être fier de ce qui fait sa grandeur.
Le moment présent
La pression externe à laquelle le Canada est confronté – économique, géopolitique et technologique – est réelle. Mais c'est aussi une invitation. Une invitation à cesser de sous-traiter notre ambition. À cesser de confondre « ne pas perdre » avec « gagner ». À nous rappeler que nous avons cultivé des inventions révolutionnaires sur des terrains où aucune autre culture ne pouvait survivre.
Les ressources n'ont jamais été somptueuses. Le capital nous quitte discrètement depuis deux décennies. En 2005, la plus grande caisse de retraite du Canada détenait 74 % de ses investissements au pays. Aujourd'hui, elle n'en détient que 12 %. Les bâtisseurs l'ont remarqué.
La prochaine génération de bâtisseurs dans les domaines de l'IA, de l'espace, de l'énergie, de la défense, des biotechnologies et du climat ne part pas de zéro. Ils s'appuient sur les épaules de la résilience canadienne. Sur Banting, Hopps, Hinton et Bengio. Ils héritent d'une tradition de travail patient, rigoureux et tourné vers l'avant-garde qui a discrètement façonné le monde moderne.
Ils ont besoin d'un capital qui mène, et non qui suit. Ils ont besoin d'investisseurs prêts à s'attaquer à des problèmes difficiles et à de longs échéanciers. Ils ont besoin d'un écosystème qui traite l'ambition comme une valeur canadienne, et non comme une exportation. Bâtir ici n'est pas un prix de consolation. C'est l'objectif même.
Il y a une occasion de triompher. Nous avons assez lutté. L'hiver est terminé.
Ce que signifie le dynamisme canadien
Le dynamisme américain est explicitement axé sur l'intérêt national : bâtir pour l'Amérique, renforcer l'Amérique et rendre l'Amérique plus compétitive. C'est une philosophie digne et cohérente.
Le dynamisme canadien est quelque chose de différent. Il a toujours été tourné vers l'extérieur. Banting n'a pas vendu l'insuline aux Canadiens. Il l'a offerte au monde pour un dollar. Le Canadarm n'a pas construit une station spatiale canadienne. Il a construit celle de l'humanité. Hinton et Bengio n'ont pas créé l'IA au seul profit du Canada. Ils ont publié leurs recherches ouvertement, et le monde entier s'est appuyé dessus.
C'est là l'instinct canadien : construire des choses si bonnes et si fondamentales que le monde ne peut s'en passer. Non pas gagner au détriment des autres. Bâtir d'une manière qui améliore le sort de tous et devenir indispensable pour cette raison.
Cela signifie soutenir les fondateurs qui résolvent des problèmes difficiles. Cela signifie reconnaître que la résilience des chaînes d'approvisionnement, des infrastructures, de la souveraineté et des systèmes de santé n'est pas une thèse de niche. C'est le défi déterminant de la prochaine décennie. Cela signifie comprendre que le pays qui a fabriqué les outils ayant assemblé la Station spatiale internationale, qui a donné l'insuline au monde, et qui a discrètement inventé les fondements de l'IA moderne, n'est pas un pays qui a besoin de s'excuser pour ses ambitions.
Cela signifie bâtir des fleurons. Pas des filiales. Pas des succursales. Pas de simples fonctionnalités au sein de plateformes externes. Des entreprises d'envergure mondiale, détenues et dirigées depuis le Canada, qui résolvent des problèmes importants et gardent la valeur au pays.
Le rempart canadien
Le dynamisme, c'est la résilience, une profonde patience face aux problèmes difficiles, combinée à la certitude que grâce au travail acharné, le problème finira par céder. La patience est le rempart du Canada.
Banting n'a pas baissé les bras lorsque l'université a ri de sa proposition. Hinton n'a pas abandonné lorsque le domaine des réseaux de neurones a été déclaré pratiquement mort. MDA n'a pas cessé de construire après le Canadarm. Ils ont construit le Canadarm2, puis Dextre, et maintenant le Canadarm3.
C'est cela, l'esprit. Celui qui est encore debout lorsque le problème finit par céder.
Le Canada a toujours été une nation de bâtisseurs. Nous avons bâti à l'avant-garde de la médecine à une époque où c'était dangereux et spéculatif. Nous avons bâti à la frontière de l'espace. Nous avons jeté les bases intellectuelles de l'IA lorsque le reste du monde pensait que c'était une perte de temps. Nous construisons aujourd'hui des systèmes autonomes pour la Lune, des entreprises d'IA d'entreprise évaluées à des milliards de dollars, et des systèmes de propulsion de fusée pour un accès souverain à l'orbite.
Le motif est clair. La capacité est réelle. La question est de savoir si la prochaine génération de bâtisseurs sera soutenue – par le capital, la communauté et la conviction – pour bâtir à l'échelle dont le Canada est capable.
L'avenir doit être revendiqué. Il y a des fleurons à bâtir.