
Bâtir les prochains fleurons canadiens
18 mars 2026
Deux ans après leur première apparition sur le Flagship Podcast, Nectar, Fred et Dom se retrouvent pour une conversation longtemps attendue : Amiral Ventures a officiellement clôturé son Fonds 1.
Dans cet épisode sans filtre, les trois associés retracent les origines du fonds : comment le parcours entrepreneurial de Fred — notamment la co-conception de la technologie LTE chez Nortel et une levée de fonds réussie en Série A et B chez Mnubo — l'a d'abord mis en contact avec Dom, un vétéran des fusions-acquisitions qui a par la suite lancé Xpnd Capital et mené deux introductions en bourse. Nectar complète l'équipe, fort de plusieurs années de création de valeur post-investissement chez PNR, et ayant croisé la route de Fred grâce à ce même podcast.
La conversation aborde franchement ce que représente vraiment lever un fonds de zéro : près de trois ans dans les tranchées, sans produit à montrer, avec seulement un deck et une conviction profonde. Ils partagent leurs apprentissages, la primauté de la confiance, l'importance de donner un feedback honnête aux fondateurs — même en cas de refus — et le vide qu'ils comblent dans l'écosystème canadien à l'inflexion entre l'amorçage et la Série A.
L'équipe lève également le voile sur leur thèse Prosperity Decoded, qui mise sur des entreprises natives à l'IA stimulant la productivité, la durabilité et la résilience en entreprise, et met en lumière leurs deux premières sociétés en portefeuille : Maxa (IA pour les CFO et la planification financière) et Maket (IA pour l'architecture et le design résidentiel).
Ils concluent sur ce qui les enthousiasme le plus : le calibre des fondateurs québécois, la communauté de sorties réussies qui reviennent maintenant en tant que LPs et mentors, et le jeu long que représente la construction de la prochaine génération de grandes entreprises technologiques canadiennes.
Transcription
Nectar : [00:00:00] Bienvenue sur le Flagship Podcast. On a fait cet épisode il y a deux ans, alors merci d'être de retour, les gars. L'épisode d'il y a deux ans, c'était genre : « C'est quoi Amiral Ventures ? Pourquoi on fait ça ? » Pour ceux que ça intéresse, vous pouvez aller le réécouter. Récemment, quelqu'un m'a demandé : « C'est quoi au juste, lancer un fonds de capital-risque ? » Et c'est... il faut être complètement naïf. Je repense à il y a deux ans — on était convaincus d'être prêts, on allait lancer bientôt. Eh bien... ça a pris beaucoup plus de temps que prévu. J'ai donc pensé que ce serait bien de refaire cet épisode pour parler de ce qu'on a appris, et aussi revenir sur nos motivations de départ et un peu de notre parcours. Alors première question pour vous deux : je dis souvent que ça a été le fun d'être dans les tranchées avec vous et de faire ce podcast. Mais pour plonger dans le vif du sujet — pourquoi on fait ça, comment on s'est rencontrés ? Curieux d'entendre l'histoire des origines.
Fred : Ouais, super bonne idée de refaire ça après le lancement. On a plus de cicatrices qu'avant — on en avait déjà au départ, mais là on en a beaucoup plus. Je pense que les fondateurs ne veulent pas vraiment entendre à quel point c'est difficile de lever un fonds quand eux-mêmes sont dans les tranchées en train de construire l'avenir. Et je pense que c'est exactement de là qu'Amiral est né : on est vraiment emballés par le talent et le potentiel de l'écosystème, et on a senti qu'il y avait des lacunes à combler. Côté parcours personnel, j'ai été fondateur, j'ai bootstrappé des compagnies, levé des fonds, eu des exits, échoué, réussi. En chemin, j'ai eu la chance de rencontrer Dom lors d'une levée — la Série A de Mnubo — et ensuite Nectar dans le cadre de création de valeur auprès de nos clients. Tout part de là : essayer de bâtir une équipe vraiment complémentaire qui peut avoir cet impact-là avec nos compagnies en portefeuille.
Dom : C'est drôle, parce qu'on s'est rencontrés tous les deux au moment où Fred levait du capital — c'est un très bon exemple, d'ailleurs, parce que tu faisais exactement ce qu'on veut soutenir aujourd'hui en tant qu'investisseurs. On a eu une très bonne connexion à l'époque. C'était en 2014 ?
Fred : 2014, oui.
Dom : Et on s'est retrouvés en 2022 pour commencer à discuter de l'opportunité. Je pense que tout tourne autour de l'opportunité qui existait sur le marché à ce moment-là. Et pour moi, cette opportunité existe depuis vingt ans : soutenir des entrepreneurs talentueux avec de l'expertise et du capital. Tu étais l'entrepreneur talentueux en 2014, et c'est drôle — aujourd'hui, on lance un fonds ensemble, toi et Nectar.
Nectar : Et Dom, tu es fondateur à ta façon aussi — tu as lancé Xpnd Capital, et maintenant Amiral Ventures. Parle-nous un peu du parcours de lancement d'un fonds, des débuts chez Xpnd, ce que c'était.
Dom : Je dois admettre que je suis le gars de la finance. J'ai passé les 25 dernières années dans ce domaine. Les douze premières années en banque d'affaires, en conseil en fusions-acquisitions entre Montréal, New York et Paris — de 2000 à 2012. Une période fantastique pour travailler en M&A. Je me spécialisais surtout dans le conseil au secteur technologique. C'était une époque où YouTube et Facebook ont été créés — fascinant d'être dans la finance à ce moment-là. En 2012, je suis revenu à Montréal pour lancer Xpnd Capital avec mon ancien associé Alex. On a fait de bonnes choses — on a échoué sur plusieurs dossiers — mais surtout, on a livré des rendements : deux introductions en bourse et quelques sorties stratégiques. C'était une belle période.
Nectar : Je vais te donner ma perspective extérieure — on ne se connaissait pas à l'époque, mais je me souviens d'être sur le marché et de me dire : « C'est quoi ce fonds-là, il sort de nulle part ? » Et vous investissez dans des compagnies vraiment iconiques. Vous avez eu pas mal de succès avec des noms bien connus.
Fred : Pas beaucoup de fonds au Québec peuvent dire qu'ils ont amené deux compagnies en bourse, en plus de toutes les autres transactions. Mais je pense que ce type d'expérience, c'est exactement ce dont je parlais — avoir la bonne équipe autour de la table. Être VC, c'est pas unidimensionnel. Tu travailles avec peut-être quinze à vingt compagnies en portefeuille qui ont toutes des problèmes de financement, de RH, de produit, de ventes. Il faut avoir la capacité de soutenir et de comprendre toutes ces dimensions.
Nectar : Tu mentionnes nos bios — on y reviendra quand on parlera de la levée de fonds — mais une chose que je sais par cœur après tout ce temps, c'est nos bios respectifs. On pourrait probablement faire le bio de l'autre. Et ça ne cesse de m'impressionner. Si tout le monde sort son téléphone et regarde ces trois lettres — LTE — c'est Fred qui a créé ça. Enfin, toute son équipe. Mais oui, Fred, donne-nous un aperçu de ton parcours, parce que tu as fondé deux compagnies avant tout ça.
Fred : Ce qu'on commence maintenant, c'est la troisième phase de ma carrière. Les gens connaissent surtout mes startups, mais j'ai passé dix ans dans la technologie sans fil et sept ans à l'extérieur du Canada. J'étais au Japon quand la 3G n'était même pas encore déployée en Europe. Ensuite je suis allé en Europe pour lancer la gamme de produits UMTS chez Nortel. Et le LTE — Long-Term Evolution — c'était un projet fascinant, piloté surtout par Verizon aux États-Unis. Notre équipe travaillait sur une évolution de la voie 3G choisie par Verizon, et c'est devenu le standard mondial. D'où les lettres LTE sur votre téléphone. C'est un nom un peu bête, en fait.
Nectar : Et comment Mnubo et notre rencontre se situent là-dedans : j'avais une petite firme de conseil appelée PNR, qui tourne encore très bien d'ailleurs. On aidait surtout les grands fonds institutionnels post-investissement. On avait développé cette expertise où un grand fonds investit, et on arrive ensuite pour aider les compagnies en portefeuille. Et notre rencontre, c'est justement via le podcast, ce qui est drôle.
Fred : Ouais, tu m'avais invité au podcast, et ensuite j'ai engagé ta firme. Bonne stratégie de développement d'affaires.
Nectar : Mon truc de bizdev. Je pense que vous veniez de clore votre Série B si je me souviens bien. Et après l'entretien, c'est genre : « C'est quoi votre compagnie exactement ? » Je fais mon pitch rapide, et c'est : « Ah, intéressant. » On a travaillé ensemble, c'était vraiment le fun. Dom, on a failli travailler ensemble aussi — un de nos partenaires les plus proches avait dit oui, et avec les hauts et les bas chez Téo, on a presque fait un petit mandat ensemble. Drôle que nos chemins ne se soient pas croisés à ce moment-là, mais c'était passé proche.
Dom : Exactement.
Fred : Ce qui était fascinant dans notre interaction de 2018, c'est ce qu'on appelle aujourd'hui la création de valeur. On livrait une plateforme SaaS à un grand client japonais, mais ils voulaient plus qu'un simple abonnement — ils voulaient du travail et des insights autour de la plateforme. Comment l'IA transforme leur organisation, leurs processus ? Où vont-ils monétiser ça ? En tant que fournisseur SaaS, tu ne veux pas nécessairement passer du temps là-dessus et tu n'as pas forcément les compétences pour les aider. C'était super intéressant de vous voir entrer et nous aider à gagner ce client et à créer de la valeur autour de lui. Cette expérience m'a donné envie de retravailler avec vous au démarrage d'Amiral.
Nectar : Je vais partager un peu du contexte et je vais sauter la partie trauma psychologique. On avait démarré PNR, ça allait bien, et début 2020, on avait une opportunité de transformer notre firme en fonds — de grands institutionnels nous avaient approchés. Évidemment, avec la pandémie, ça ne s'est pas concrétisé — c'était littéralement un mois après cette première conversation. Mais ça m'est resté en tête. Deux ans et demi plus tard, je me dis : peut-être que je vais faire cette affaire de fonds. Naïvement. Et je travaillais déjà sur ma sortie de PNR. C'est là que j'ai rencontré Fred et Dom. Vous me dites : « On lance quelque chose qui s'appelle Amiral, on veut utiliser PNR pour le fonds. » Super, les gars. Petite info au passage : je suis sur le chemin de la sortie. Et vous me demandez ce que je veux faire. Je veux lancer un fonds. « Ben, c'est ce qu'on fait. »
Fred : Pourquoi tu ne nous rejoins pas ?
Nectar : Voilà. Le reste, c'est de l'histoire. Ça a été un long parcours. En y repensant — vous avez commencé à en parler genre septembre-octobre 2022, j'ai rejoint début 2023, et ça fait près de trois ans maintenant. Ce serait bien de parler de ce qu'on a appris — de la levée, mais aussi des centaines de fondateurs qu'on a rencontrés en chemin. Des perspectives à partager ?
Dom : Mon plus grand apprentissage, c'est vraiment l'importance de construire la confiance et les bonnes relations. C'est notre business. En tant que fonds de VC, tu bâtis la confiance avec des investisseurs, tu lèves du capital, tu crées les bonnes conditions pour ça, tu construis une histoire et des convictions. Et tu fais la même chose avec les entrepreneurs. Avoir accès aux meilleurs fondateurs, ce n'est pas qu'une question de capital — tu dois apporter de l'expertise. On bâtit des partenariats, fondamentalement. On le savait, mais l'importance que ça prend dans la réalité — ça m'a vraiment surpris.
Fred : Totalement. C'est un business de personnes. Et on a appris des choses sur la levée d'un fonds aussi. Quand tu lèves pour une compagnie, t'as un produit, des clients, une histoire à raconter. Lever pour un fonds, c'est essentiellement un deck et nous. Je pense qu'on n'avait pas planifié que ce serait aussi difficile. Mais tout au long de ce parcours, on n'a jamais arrêté de travailler avec les fondateurs. Chaque semaine, on a aidé des fondateurs. Ce qui manque dans l'écosystème, ce n'est pas le talent, l'ambition, ni même le capital — il y en a beaucoup au Canada pour les startups. Ce qui manque, c'est la conviction. Du leadership. Des gens capables de dire : « Je vais mettre de l'argent là-dedans. » Même si un due diligence aura toujours des zones grises. On sait que les choses vont pivoter. Alors c'est bâtir une conviction sur ces fondateurs. Quand tu montres que tu es prêt à faire ça et capable de le faire, les fondateurs veulent travailler avec toi. Et c'est ce qu'on a vécu.
Dom : L'autre point que j'ajouterais, c'est vraiment la qualité des entreprises qu'on voit ici. C'est incroyable. On a dû dire non à beaucoup d'opportunités vraiment intéressantes. Mais il y a de belles compagnies, des gens talentueux, des entrepreneurs extraordinaires. Je ne dirais pas que c'était une surprise, mais c'était vraiment rassurant de voir la qualité du pipeline qu'on avait devant nous.
Fred : En cours de route, on a fait deux investissements avant même d'avoir un fonds fermé — ce qui parle de conviction et d'engagement. Certaines opportunités sont trop bonnes pour qu'on dise non, et on trouve une façon de les faire. L'autre chose qu'on a appris, c'est que le gap qu'on croyait voir — leadership de rondes, manque de capital — existe bel et bien, mais s'est déplacé. En fin 2022, on parlait d'un gap au niveau de la Série A. Les deux dernières années ont vu ce gap glisser vers le bas : le seed, les extensions de seed, les pré-A. On a tous vu les stats sur le taux de graduation du seed vers le A — il baisse, et le temps pour y arriver est passé de 18 à 36 mois. Mais dans cette période, les entrepreneurs développent de nouveaux réflexes. Ils sont plus efficaces avec leurs ressources. L'inflexion, c'est là où on va ajouter le plus de valeur.
Dom : L'inflexion à la Série A, c'est crucial. Mais ce qu'on finance, c'est tard-seed ou pré-A — c'est l'inflexion. On voit quelque chose qui se passe dans la compagnie. La croissance est là. Les métriques sont différentes. Et il y a aussi des transformations humaines — très intéressantes. Une startup, c'est très souvent l'histoire d'une personne qui construit un produit, une experte en technologie, qui doit se transformer en PDG, en gestionnaire. C'est une transformation majeure. Tu l'as vécue, Fred. Et ça n'a rien à voir avec la finance ou la technologie — c'est une question humaine.
Nectar : Exactement. Je pense que mon apprentissage dans ce nouveau rôle, c'est que le manque de fondateurs n'est pas le problème. Le vrai défi que je vois dans l'industrie, c'est que les bons fondateurs se font aspirer vers les États-Unis. Et ce qu'on essaie de faire chez Amiral, c'est de planter un drapeau et de dire : on est fièrement canadiens, basés au Québec, et on pense qu'on peut faire un excellent travail ici. Et la seule façon d'y arriver, c'est d'apporter quelque chose de substantiel — l'argent seul, c'est une commodité. C'est la conviction, l'expertise, savoir quand aider et quand s'effacer. Je pense qu'on a bien performé jusqu'ici avec nos deux premières compagnies.
Fred : Une autre chose qu'on n'avait pas anticipée : à quel point la communauté des fondateurs plus avancés — ceux qui ont eu du succès, qui ont eu des exits — voulait contribuer. Je me pince encore quand je regarde la liste de nos LPs. Pratiquement tout le monde qui a eu un exit ou du succès dans notre écosystème a mis de l'argent dans Amiral. Et non seulement ils investissent, mais ils disent : « Je veux aider vos compagnies en portefeuille. » C'est extraordinaire.
Nectar : Si des fondateurs qui ont eu des exits nous écoutent — il n'est pas trop tard, on a une deuxième clôture. Ça fait partie de notre approche. Peut-être pour les gens moins familiers avec ce qu'on fait — le pitch rapide d'Amiral, pourquoi prendre notre argent ?
Fred : On croit que l'économie canadienne peut être plus prospère. On a toute une thèse qu'on appelle Prosperity Decoded : comment la technologie aide les entreprises à être plus productives, résilientes et durables. Ce sont nos trois piliers. Et concrètement, si vous travaillez avec Amiral, vous allez obtenir un oui ou un non rapide. On n'est pas des suiveurs. Si quelqu'un d'autre mène votre ronde et qu'il vous manque 500K, ce n'est pas le rôle qu'on veut jouer. On est ici pour mener ou co-mener, prendre 50 % des rondes seed-plus ou pré-A, avec des chèques entre 1 et 2 millions. On fait 15 compagnies — donc on retrousse nos manches et on est très disponibles.
Dom : On bâtit des partenariats. On n'investit pas juste avec des conditions — on s'associe avec des entrepreneurs pour les aider à bâtir leurs compagnies. On apporte de l'expertise, des réseaux, et plus de 40 investisseurs qui viennent du monde technologique. On est trois aujourd'hui, mais on a tellement de gens qui travaillent avec nous et qu'on peut mettre à contribution de nos compagnies en portefeuille.
Nectar : La thèse Prosperity Decoded — productivité, durabilité, résilience — ça correspond vraiment à où s'en va le monde. La productivité : le Canada fait face à un défi, mais c'est universel. La durabilité : comment créer des entreprises avec un double bilan. La résilience : on entre dans un monde multipolaire, et comment les compagnies et les nations pensent leur souveraineté est en train d'évoluer. Ça sonne juste. Et en segue — comment on compte aider concrètement ?
Fred : Il y a nous trois, nos mentors et nos investisseurs fondateurs disponibles pour aider. Mais au quotidien, on a de l'expertise dans la construction de compagnies d'IA et de compagnies axées sur les données, dans l'embauche de cadres et de leadership, dans le financement. Dom a vu à peu près tous les types de transactions qui existent. On ne sera pas dans le chemin, mais on est disponibles quand ça va bien et quand ça va mal — et ça va arriver.
Dom : À trois, je pense qu'on peut dire qu'on a fait face à n'importe quel type de problème d'affaires qu'un entrepreneur peut rencontrer. La combinaison de nos expériences, je crois, est vraiment précieuse.
Nectar : Et ma lecture du marché, c'est qu'il n'y a pas assez de fonds dirigés par des fondateurs qui ont vécu ça. Je pense qu'on résonne dans le marché jusqu'ici. Pour nos deux premières compagnies — Maket et Maxa — un petit coup de projecteur ?
Fred : Ce sont de bons exemples de notre thèse sur la productivité, et un peu sur la durabilité aussi. Ces deux compagnies utilisent l'IA et une architecture propriétaire pour résoudre des problèmes verticaux très spécifiques. Maxa s'attaque à la fonction finance dans les grandes entreprises — ce qu'on appelle le FP&A, Financial Planning and Analysis. Toute grande entreprise a des données dans 10, 15, 20 ERPs différents, et les LLMs fonctionnent très mal sur ce type de données. Ils ont bâti une architecture pour que même le CFO et l'équipe FP&A puissent avoir un agent qui les aide à raisonner plutôt que de déplacer des CSVs d'un système à l'autre. C'est de l'IA pour les CFOs. Et Maket amène tout ce que l'IA générative et les agents ont à offrir au processus architectural. Ce qu'on aime, c'est que ce n'est pas quelque chose que tu peux faire en scrappant le web et en entraînant une nouvelle version de ChatGPT. Tu dois produire des plans AutoCAD. Il faut des données propriétaires, des modèles propriétaires. Maket amène ce niveau d'IA et de simplicité au processus de construction et de design résidentiel.
Dom : Ce qui est intéressant avec Maket et Maxa, c'est que l'innovation n'est pas nécessairement l'IA elle-même — c'est la plateforme qu'ils ont construite pour l'utiliser. C'est ce qu'on veut voir dans nos compagnies. On n'investira pas dans des LLMs ou des modèles fondamentaux. On investira dans des compagnies innovantes qui utilisent l'IA, mais où l'innovation réside dans la collecte de données exclusives, par exemple. L'IA est un puissant outil, mais aujourd'hui il est super démocratique — tout le monde y a accès. Ça ne peut donc pas être l'innovation en soi.
Nectar : Depuis qu'on a décidé de faire ça — qu'est-ce qui vous a le plus surpris, en positif ou en négatif ?
Dom : Les chiffres au Canada sont difficiles à regarder. On voit trop de startups aller aux États-Unis chercher leur financement. C'est décevant. Et c'est une des raisons pour lesquelles on a bâti Amiral — pour offrir une solide alternative de financement à ces startups. Mais comme pays, quand on ne prend pas ownership de ses meilleures startups au moment critique de leur vie, l'impact à long terme sera énorme.
Fred : Je ne sais pas si je qualifierais ça de surprise, mais dans les années post-pandémie, beaucoup d'initiatives grassroots ont ralenti ou disparu au Canada. Des écosystèmes d'innovation et de tech qui marchent ont vraiment besoin de mouvements grassroots. On a encore La Vitrine, StartupFest, et d'ailleurs merci — on est dans leurs bureaux en ce moment. Mais dans l'ensemble, la disparition de Notman House et d'autres initiatives me préoccupe. On ne ressuscite pas un écosystème top-down avec une grande politique gouvernementale. Ce sont les bâtisseurs qui bâtissent — moins de talk et plus de build — qui vont revitaliser cet écosystème. Et là on est excités parce qu'on commence à le voir. Ce que tu fais avec North Star, Nectar, c'est absolument incroyable. Si on veut que ce pays reprenne le dessus en tech et en innovation, il faut regarder vers le bas, vers les mouvements grassroots, pas vers une autre grande politique gouvernementale.
Dom : Et une façon de le faire, c'est d'avoir des bâtisseurs dans notre cap table. On a certains des meilleurs entrepreneurs du Québec comme investisseurs et mentors chez Amiral. C'est une partie de la solution.
Nectar : Ma propre réponse à ma question — ce qui m'a le plus surpris — je vais doubler sur ce que tu disais sur la communauté. C'est une partie très active de notre stratégie : cette notion de « la marée montante soulève tous les bateaux ». On a nommé notre section de contenu d'après ça. Notre rôle, c'est d'investir — c'est le travail principal — mais on est un écosystème moins mature ici, on n'est pas dans la vallée, alors on essaie de donner en retour. On travaille avec tous les investisseurs, tous les fondateurs. Oui, égoïstement, on en bénéficie — pipeline, inspiration — mais c'est le long terme.
Fred : Ça paie toujours.
Nectar : C'est ça — pay it forward. La réaction positive m'a surpris. Je blague souvent que j'ai hâte de passer de coordinateur d'événements à investisseur, mais il semble que cette transition ait eu lieu. Et sur le plan de la construction de la firme, la qualité de notre partenariat m'a vraiment frappé. On est restés très soudés malgré beaucoup de coups durs. Parfois des conversations très difficiles. Est-ce qu'on continue vraiment ? Ce n'était pas une ligne droite jusqu'à la clôture de ce fonds.
Fred : Pas une surprise pour moi — on s'est assis début 2023 et on s'est assurés de partager les mêmes valeurs et les mêmes objectifs. Mais je résonne totalement. Si on avait clôturé en huit mois, ce serait très différent qu'après trois ans. Si on ne s'est pas abandonnés ni entretués après trois ans de levée, je pense qu'on est là pour le long terme.
Nectar : On dit qu'on ne connaît la qualité d'un marin que par gros temps. Chacun de nous avait ce mantra — pas de plan B. On n'avait pas de side gigs. Quand j'ai quitté mon entreprise précédente, j'avais travaillé chez Google quelques années et ils m'avaient offert un sabbatique de six mois avant de lancer PNR. Évidemment, j'ai refusé. Et j'aime bien l'histoire des bateaux brûlés — Hernán Cortés arrivant au Mexique et disant à ses soldats de brûler les navires. La fin de l'histoire, c'est qu'ils ont gagné. Mais je réalise qu'on a nommé notre fonds une image de bateau, alors il y a toujours cette analogie nautique. Ça reste vrai : on a tout misé là-dessus, et on y est. Il y a aussi beaucoup de bonnes personnes, et ça a été difficile de dire non. Ça fait partie du job. On essaie de le faire de façon ouverte, avec du feedback transparent, sans rejeter les gens du revers de la main. Même pour ceux à qui on dit non, comment on crée de la valeur pour eux ?
Dom : La transparence est extrêmement importante. Offrir un vrai feedback constructif, même si c'est un refus, c'est très précieux pour les entrepreneurs. Dans les cas où on a dit non avec une explication complète, c'était un moment de « wow » pour ces entrepreneurs. On était probablement les premiers à leur offrir ce type de feedback.
Nectar : Nos valeurs : le respect du parcours du fondateur, la transparence radicale, et le bon n'est pas assez bon. On est nous-mêmes une startup naissante avec beaucoup à prouver. Deux bonnes compagnies jusqu'ici, mais on est au tout début.
Fred : Et rien n'est plus difficile que de bâtir une compagnie de zéro. On doit respecter ça. Quand je levais ma Série B chez Mnubo, on a pitché cent VCs. Deux ou trois nous ont donné un vrai feedback sur leur refus. On retournait les voir pour en savoir plus. On avait créé le « livre des non » — un PowerPoint avec toutes les raisons jusqu'à ce qu'on obtienne finalement un term sheet à San Francisco. C'est dans nos valeurs de toujours donner du feedback.
Nectar : Totalement. On pense à comment créer une façon opérationnelle d'offrir ce feedback candide de façon plus structurée. Avant de conclure — tu mentionnais donner en retour et soulever tous les bateaux — et on ne se limite pas à l'écosystème tech. Le travail avec TechAid, notre participation au gala de Marvin on the Rock, la Fondation DPG... Ça fait partie des valeurs d'Amiral. Pas toujours dans l'écosystème tech, mais c'est important.
Nectar : Absolument. On vit une fois, et on essaie de laisser ce monde un peu meilleur qu'on ne l'a trouvé.
Fred : Mais on est de meilleurs investisseurs que chanteurs.
Nectar : Peut-être qu'on a converti un LP avec notre performance sur scène. Pour ceux qui ne savent pas — on est montés sur scène et on a chanté devant six, sept cents personnes. On n'était pas terribles, mais c'était le fun.
Dom : C'était le concept de l'événement : on a challengé une dizaine de leaders d'affaires à chanter sur scène avec un vrai band dans une vraie salle. Une expérience fantastique.
Nectar : Un peu stressant, mais on s'en est bien sortis. Dernière question : où s'en va-t-on ? Qu'est-ce qui nous enthousiasme pour les cinq à dix prochaines années ? J'ai regardé notre term sheet, et c'est un fonds de dix ans... Alors, qu'est-ce qui vous excite ?
Dom : Pour revenir au nom Amiral — en français, ça veut dire flagship. On croit vraiment que les prochaines grandes compagnies phare canadiennes seront des compagnies technologiques. Si on réussit à contribuer à bâtir certaines des grandes entreprises futures de ce pays, c'est là que je trouve ma vraie excitation.
Fred : Dix ans, c'est même plus que ça. Mais dans les quatre prochaines années, on est en mission pour trouver ces 15 ou 16 futurs fleurons. Et ça fait partie d'un voyage plus large de l'écosystème. On ne peut pas se comparer à la Silicon Valley, qui en est à la dixième génération d'exits. On en est à deux ou trois générations ici. On doit être partie de ce mouvement et lancer ce flywheel. C'est super excitant. Et il va y avoir un fonds 2 et un fonds 3...
Nectar : On ne parlera pas de la prochaine levée ! Les gars, ça a été un vrai plaisir. Merci d'être là. On regarde vers les 10, 20, 30 prochaines années — selon combien de fonds on lève. Mais ça a été le fun.
Fred : Absolument. On en refait un au fonds 2.
